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Peter Longerich est spécialiste de l'Allemagne contemporaine à l'Université Royal Holloway, à Londres. En 2010, la filiale allemande de Random House publiait sa biographie du ministre de la propagande d'Hitler intitulé sobrement "Goebbels". La traduction anglaise sortira le 7 mai prochain. 

Jusque là tout va bien. Mais l'historien se serait largement servi de longs extraits du journal que Goebbels a tenu de 1923 à 1945, soit jusqu'à son suicide le 1er mai dans le bunker d'Hitler après avoir empoisonné ses 6 enfants. Un document d'une grande valeur historique et qui peut sans nul doute apporter un éclairage aussi utile qu'intéressant sur le drame qui se déroula de 1939 à 1945 en Europe. 

L'événement semble anodin. Mais les ayants droits de Goebbels, que l'on aurait imaginé discrets, ont décidé de poursuivre l'éditeur en justice car ils entendent faire valoir leurs droits d'auteur. Il était temps : à la fin de l'année 2015, le journal du ministre d'Hitler tombera dans le domaine public. L'histoire en devient croustillante lorsque l'on sait que c'est Cordula Schacht qui représente la famille, à savoir les enfants des frères et soeurs de Goebbels. Elle n'est autre que la fille de Hjalmar Schacht, le ministre de l'Economie d'Hitler et président de la Reichsbank. Jugé à Nuremberg, il avait bénéficié d'un acquittement.

Dans un premier temps, Random House aurait accepté de payer les droit d'auteur pour les passages cités, en proposant aux ayants droit que les montants soient reversés à des victimes de l'Holocauste. Cordula Schacht a refusé la proposition, avançant que l'argent devait revenir à la famille de Goebbels. Rainer Dresen, un représentant de Random House, a expliqué le refus de la maison d'édition : "Nous sommes convaincus qu'aucun centime ne doit revenir à un criminel de guerre". Random House affirme par ailleurs être le premier éditeur à refuser de verser de tels droits, et donc à être poursuivi. 

Selon l'auteur, le tribunal de Bavière devra trancher "non seulement sur une question de morale, mais également sur la manière pour un historien de faire son travail". Il compte par ailleurs faire valoir que les droits du journal de Goebbels appartiendraient, au même titre que Mein Kampf, au gouvernement de Bavière.

En France, les éditions Tallandier ont décidé de publier en 4 volumes une sélections des 43.000 pages du journal de Goebbels. Ils ont précisé sur leur site : "Le projet est mené en collaboration avec l’Institut d’histoire contemporaine de Munich et avec la Fondation pour la mémoire de la Shoah. (...) Le journal de Goebbels, intime de Hitler dont il partage jusqu’au bout les options idéologiques, est aussi notre seule source d’informations sur les décisions de Hitler, dont on sait qu’il gouvernait par instructions orales. Le texte est accompagné d’un important appareil critique : introduction générale de Pierre Ayçoberry, présentation des sources et de leur histoire par Horst Möller. Les droits de ce livre sont reversés à la Fondation pour la mémoire de la Shoah." De quoi simplifier la situation si toutefois Cordula Schacht et les descendants de Goebbels voulaient s'en prendre à l'éditeur français après cette affaire...

Tag(s) : #Edition

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