Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pour bien comprendre le contexte, il est parfois utile de remonter un peu le cours du temps...

En 1983, Georges Rémi, dit Hergé, succombait à une leucémie laissant derrière lui une veuve, Fanny Vlaminck. Rencontrée en 1956 lorsqu'elle entre aux Studios Hergé comme coloriste, elle entretient avec le créateur de Tintin une liaison de 20 ans avant qu'il ne divorce finalement en 1977 et se marie avec la jeune Fanny (de 27 ans sa cadette). A la mort de l'auteur du plus célèbre reporter, elle hérite des droits de son oeuvre qu'elle gère via les Studios Hergé. En 1986, elle rencontre Nick Rodwell (de 18 ans son cadet), né en 1952 soit après la création des Studios Hergé et la sortie du célèbre On a marché sur la Lune. L'homme d'affaires britanique, épouse la riche héritière en 1993. Depuis 1996, les droits de l'oeuvre d'Hergé sont géré par Moulinsart SA dont l'administrateur délégué n'est autre que Nick Rodwell.

Dès février 1997, un groupe de tintinophiles reproche à Rodwell de privilégier le merchandising au détriment de projets culturels. Ils parlent d'abus de pouvoir et pointent du doigt "les atteintes répétées à l'image de Tintin et à la liberté d'expression autour de l'œuvre". Car depuis l'arrivée de l'homme d'affaires, l'image de Tintin est cadenassée et les reproductions totales ou partielles sont jalousement surveillées. Sa manière de gérer l'oeuvre d'Hergé est largement controversée et ses rapport avec le public ou les journalistes sont désastreux. Pour mémoire, en 2009 était inauguré le Musée Hergé à Louvain-La-Neuve. Les journalistes venus du monde entier s'étaient alors vu interdire les prises de vue. Difficile dès lors de préparer un article accrocheur dans notre monde si visuel.

Un jugement qui change la donne

En 2009, Moulinsart attaquait en justice Hergé Genootschap, un magazine de tintinophiles néerlandais qui utilisait des illustrations de Tintin dans ses numéros. Moulinsart avait demandé l'interdiction de l'utilisation d'images issues de l'oeuvre d'Hergé. L'amande risquait de s'élever à plus de 100.000€ pour le club néerlandais. Amère pour un groupe de fans bien décidés à continuer de faire vivre le personnage de Tintin des années après la mort de son créateur. 

L'affaire avait rebondi en 2014 et le tribunal de La Haye vient finalement de rendre ses conclusions : Moulinsart n'a pas les droits sur les albums Tintin ! Une décision relayée dans le journal néerlandais NRC Handelsblad.

Un spécialiste anonyme de l’œuvre d’Hergé a procuré un document à Hergé Genootschap. Daté de 1942, il s’agit du contrat d’édition par lequel Hergé a cédé explicitement les droits sur les textes et les vignettes de tous ses albums à Casterman. Personne depuis lors n’a visiblement remis ce contrat en cause. Le tribunal de La Haye a dès lors estimé que Moulinsart ne pouvait pas réclamer des droits à Hergé Genootschap. Ce jugement risque de coûter cher à Moulinsart. En effet, tous ceux qui se sont vus réclamer de l’argent pour l’utilisation de vignettes des albums de Tintin devraient être en mesure d’en réclamer le remboursement auprès de Moulinsart.

Ou quand sonne la fin du règne d'un despote

Depuis de longues années, la moindre reproduction d'une image issue de l'oeuvre d'Hergé fait l'objet d'une véritable chasse aux socrières. En 2014, un tumblr Le Petit XXième avait été supprimé à la demande de Moulinsart. Une rapide promenade sur le net permet de se rendre compte des craintes des fans et autres internautes : même sur les pages Wikipédia dédiées à Hergé ou Tintin, aucune illustration du célèbre reporter n'apparait ! Tintin a été gommé, comme effacé. Rodwell prétend depuis longtemps vouloir protéger l'oeuvre d'Hergé et l'image de Tintin. Mais à coup d'interdictions, il a presque failli le faire disparaitre. Un personnage de fiction a besoin de support pour exister. Alors faisons-le vivre ! A moins que Casterman ne prenne le relais?

Tag(s) : #Billets d'humeur

Partager cet article

Repost 0