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Une chronique de Diane Norric

Depuis 2007 et sa remarquée Physique des catastrophes (Gallimard), l’américaine Marisha Pessl avait disparu des radars littéraires. Météorite des Lettres, Pessl ? On commençait en effet à croire que ce premier roman foisonnant et malicieux resterait à jamais l’unique ouvrage de son auteure. La rentrée littéraire 2015 apporte un cinglant démenti à cette sombre prédiction, puisque Gallimard publie ces jours-ci Intérieur nuit, préalablement paru aux États-Unis sous le titre Night Film. En fait de livre, c’est un véritable pavé que la romancière de 38 ans nous offre ici : plus de 700 pages en petits caractères ! 

Après seulement un chapitre ou deux, on s’agace déjà du recours immodéré de l’écrivaine aux italiques. On s’interroge d’abord sur les raisons pour lesquelles tel ou tel mot se trouve ainsi mis en évidence. Mais on renonce vite, car rapidement la vérité s’impose : ces mots n’ont aucune incidence particulière sur l’histoire et le procédé, dans sa systématicité, confine au ridicule. 

Mais qu’on se rassure : c’est sans doute l’unique défaut d’Intérieur nuit. Avec son deuxième roman, Pessl nous emmène dans l’univers du cinéaste maudit Cordova. « Univers » s’entend ici au sens plein. La narration est entrecoupée de photos, de coupures de presse, de tapuscrits, de pages web, par lesquels la romancière donne corps et vie au réalisateur qu’elle a créé. Pessl n’a certes pas inventé le concept, mais on reste admiratif devant la richesse et la minutie des documents qu’elle a forgés, et par la virtuosité de leur intégration dans l’histoire. 

Une histoire dans laquelle on suit le narrateur, Scott McGrath, journaliste en disgrâce, dans sa tentative pour percer le secret de la mort suspecte de la fille de Cordova. Intérieur nuit réunit les ingrédients du roman policier : l’enquêteur (genre type-normal-bourru-mais-attachant), ses deux acolytes un peu paumés, le mystère qui entoure la mort de la jeune victime, les témoins, ceux qui veulent empêcher le journaliste d’arriver à ses fins – le tout dans un New York interlope. Le suspens fonctionne particulièrement bien : on découvre les faits en même temps que McGrath, on le suit dans ses investigations, ses errances, ses impasses, jusqu’au final inattendu.

Excellent thriller, Intérieur nuit dépasse largement les limites du roman policier et s’aventure sur les terres de la quête initiatique. Une quête aux allures souvent fantastiques, tant la frontière entre fantasme et réalité se brouille au fur et à mesure que McGrath se rapproche de Cordova. Les films du cinéaste et leur atmosphère d’onirique épouvante semblent soudain s’emparer du quotidien du personnage. 

« Souverain, implacable, parfait » - tel est le plan recherché par Cordova dans toutes ses mises en scène. Marisha Pessl s’en rapproche, elle aussi.

Tag(s) : #A (re)lire, #Les chroniques de Diane Norric

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