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Une chronique de Diane Norric

Historienne de l’art et des idées, féministe et lesbienne engagée, Marie-Jo Bonnet s’emploie, dans les 300 pages de Simone de Beauvoir et les femmes, à déconstruire l’œuvre et, surtout, le personnage de Simone de Beauvoir. Décapant, pertinent, passionnant.

Marie-Jo Bonnet a été membre fondatrice du MLF. Simone de Beauvoir, elle l’a rencontrée dans le cadre de ses activités militantes. Quand la philosophe était une référence pour les féministes. Bonnet fait donc œuvre iconoclaste, puisque son nouveau livre s’attache à démontrer la misogynie de l’illustre intellectuelle, et en particulier de son opus majeur Le Deuxième sexe, et sa dissimulation systématique de son attirance pour les femmes.

Avec Simone de Beauvoir et les femmes, Bonnet déroule le fil de l’existence de l’auteure des Mandarins, de l’adolescence à la mort, à la lumière de ses livres, de ses carnets et de son abondante correspondance (dont plusieurs pans demeurent à ce jour inédits). On y découvre une philosophe qui, en marge de sa célèbre relation avec Sartre, multipliait les conquêtes féminines, bien loin de l’image d’ « hétérosexuelle virile » qu’elle s’était soigneusement forgée. Bien loin, aussi, de sa façade d’intellectuelle humaniste et engagée : on la découvre méprisante, égoïste et profondément mesquine vis-à-vis de ces femmes, souvent plus jeunes qu’elle.

S’il met en lumière la face la moins reluisante du personnage Beauvoir, le livre de Bonnet ne saurait se confondre avec une énième biographie à scandale. Simone de Beauvoir et les femmes est en réalité une étude savante (notes de bas de page circonstanciées et imposante bibliographie comprises) que son auteure a la rare élégance de garder accessible à tou-te-s. Enrichissant son propos de nombreux et éclairants extraits de Beauvoir, Bonnet a traqué, avec une érudition stupéfiante, les contradictions, les zones d’ombre, les écarts entre les écrits de la philosophe et la vie qu’elle a menée. Le tableau qui en résulte est implacable : la figure tutélaire des féministes était en réalité persuadée de la supériorité masculine et la femme libre et indépendante dissimulait sa bisexualité derrière une relation idéalisée avec Sartre. À cette vie marquée par le clivage et la duplicité, Bonnet hasarde une explication : tout pourrait bien avoir commencé du fait de la relation de Beauvoir à sa mère.

On s’en doute : l’analyse de Bonnet est marquée au sceau du freudisme. C’est d’ailleurs peut-être l’une de ses faiblesses, notamment lorsque l’auteure se livre à l’étude des rêves de Simone de Beauvoir. Elle pointe en effet très justement la récurrence des récits de songes dans les écrits intimes de la philosophe, mais les conclusions qu’elle en tire, pour convaincantes et intéressantes qu’elles soient, viennent un peu trop complaisamment étayer ses théories. Erreur bien vénielle, qui n’entache en rien le plaisir de la lecture et la force de la démonstration.

On sort de ce livre avec une double envie. Celle de relire tout Simone de Beauvoir sous cet éclairage nouveau. Et celle de tirer un grand coup de chapeau à Marie-Jo Bonnet qui propose une lecture inédite à propos d’une intellectuelle et d’une femme complexe et passionnante – à l’image de ce volume.

Tag(s) : #A (re)lire, #Les chroniques de Diane Norric, #LesPetitsLivres

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