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Automne 1888. Il est dangereux de trainer la nuit dans les rues de Whitechapel. Un mystérieux individu égorge et mutile des prostituées au détour des ruelles obscures.

Entre août et novembre, ce sont pas moins de 5 victimes qui lui sont attribuées. On parlera des meurtres « canoniques ». Certains sont tentés d’évoquer jusqu’à 11 faits de la main du même auteur. Son nom ? Telle est la question. Car cet assassin est mort sans avoir été identifié. Il est pourtant l’un des meurtriers les plus célèbres de l’histoire. On le surnomme Jack l’Éventreur…

Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddowes, Mary Jane Kelly. Ces 5 femmes n’ont jamais rêvé de pouvoir passer à la postérité et pourtant leur mort passionne encore les foules plus de 125 ans après les faits. Leur vie n’a été que misère, alcool et prostitution. Autre point commun : elles ont croisé la lame de Jack the Ripper, de la signature d’une lettre envoyée à un journal anglais. Beaucoup s’accordent aujourd’hui pour dire qu’elle était très probablement de la main d’un journaliste voulant ajouter du sensationnel au sordide. Il a été exaucé au-delà de ses espérances.

Russel Edwards, Jack l'Eventreur démasqué, l'Archipel, 2016.

Mais dans cette affaire aussi macabre qu’extraordinaire – tant par la brutalité des faits que par l’intérêt qu’elle suscite depuis des décennies – les suspects sont légion. Plus de 100 noms ont été étudiés de près et les théories les plus farfelues ont été analysées avec plus ou moins de sérieux. Parmi elles, celle de Russell Edwards. Cet homme d’affaires anglais se passionne pour cette série de meurtres depuis de nombreuses années. Certain d’avoir démasqué Jack l’Eventreur, il expose sa théorie, qu’il affirme avoir validée scientifiquement.

Tout débute par un châle vendu aux enchères. Il est supposé avoir été retrouvé sur le corps de Catherine Eddowes et conservé intact depuis lors. En faisant des recherches pour s’assurer de son authenticité, Russell Edwards discute avec un membre de la police qui lui affirme que le suspect privilégié des autorités est depuis longtemps déjà un certain Aaron Kosminski. Dès cet instant, Edwards consacre son temps et son énergie à prouver la culpabilité de ce polonais immigré. Mêlant conjectures et tests ADN, l’homme d’affaires parvient à ses fins quand, à l’automne 2014, il affirme au monde avoir démasqué Jack l’Eventreur. Il relate cette enquête à travers le temps dans son livre paru le 13 janvier.

Ce livre particulièrement documenté fourmille de détails qui réjouiront les amateurs du genre. Pour ceux qui ne connaissent Jack l’Eventreur qu’à travers sa réputation, il permettra en quelques 283 pages de connaitre à peu près tout ce qui se sait des événements de 1888. Véritable compte-rendu d’enquête, ce livre pèche cependant à force de vouloir exposer l’ensemble des détails, au risque d’assommer le lecteur. En effet, Edwards explique les faits dans leur globalité avant de détailler les documents originaux de l’enquête de l’époque ainsi que les articles de presse (souvent cités dans leur intégralité) qui spéculaient sur l’identité possible du meurtrier. Le détail finit par alourdir la lecture. Mais au-delà de la forme choisie, on peut légitimement s’interroger sur la crédibilité de la théorie énoncée et prétendument prouvée. Il est clair que tout au long de ses investigations, Edwards tente avant tout de prouver la culpabilité de « son » suspect et non de trouver le suspect. Dès 2014, des voix se sont élevées pour mettre en doute l’analyse ADN sur laquelle ce livre repose. Stéphane Bourgoin himself, spécialiste des tueurs en série, met en doute l’origine du châle, son âge et l’expertise ADN. Des scientifiques se sont penchés sur cette analyse et pointé des erreurs : les résultats obtenus pourraient désigner 99% de la population. Insuffisant pour confondre le suspect. Mais pas pour l’évincer : le mystère reste donc entier et chacun pourra se faire sa propre opinion.

Les livres sur le sujet sont nombreux et on notera au passage qu’en 2007 Sophie Herfort publiait Jack L’Eventreur démasqué aux éditions Tallandier (réédition Points Seuil, 2008). A ne pas confondre avec ce titre.

Tag(s) : #A (re)lire, #LesPetitsLivres

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