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L’auteure américaine Amy Bloom publie "caux éditions Terra Nova, après un premier roman, "Ailleurs, plus loin",  paru chez Belfond. Entre trahisons et rage de vivre, elle nous propose un roman plain de femmes remarquables.

« La femme de mon père est morte. Ma mère a dit qu’on devait aller faire une virée là-bas pour voir ce que l’avenir nous réservait. » En deux phrases implacables, Amy Bloom nous fait entrer de plein pied dans Le temps des espoirs. Et l’histoire qui va se dérouler progressivement sur plus de 280 pages est présentée au lecteur par la voix d’Eva. Pendant des années, elle n’a vu son père que le dimanche, quand il rendait visite à sa mère. Malgré les attentes interminables, la vie était douce. Et puis cette femme, cette inconnue meurt et tout bascule. Eva et sa mère débarquent chez ce père trop absent et font la connaissance d’Iris, son autre fille. « J’ai tout de suite compris que cette fille avait des tas de trucs que je n’avais pas. Des fleurs dans des vases en cristal de la taille de seaux à champagne. Des cheveux châtains bouclés. Et la main de mon père sur son épaule. » Entre les deux enfants, le courant passe immédiatement. Il faut dire qu’elles ont toutes deux l’instinct de survie et le don de comprendre ce qui est bon ou dangereux. Elles ont de qui tenir. Au bout de quelques jours à peine, la mère d’Eva part. Pour toujours, elle le sait. Les deux sœurs se retrouvent orphelines de mères avec un père qui se préoccupe peu de leur sort. Alors, presque sur un coup de tête, elles partent pour l’aventure. Iris rêve de devenir une grande actrice hollywoodienne, Eva est prête à tout pourvu qu’on ne l’abandonne plus. Alors elles foncent.

De galères en misères, elles parcourent les kilomètres, les épreuves et les obstacles avec plus de réussites que ne l’aurait laissé présager leur jeune âge. C’est dur, mais elles veulent y arriver. Mais un jour, alors que tout semblait se concrétiser, Iris tombe amoureuse d’une actrice qui lui fait tourner la tête. La presse le découvre, le scandale éclate, sa carrière est brisée. Commence alors une nouvelle quête. Au fil des péripéties, viennent s’ajouter au duo des personnages touchants qui formeront progressivement une famille de fortune pour les deux jeunes sœurs.

Amy Bloom plante le décor du Temps des espoirs dans l’Amérique des années 40. Un choix audacieux qui trouve sans doute sa justification dans les chapitres entiers consacrés à la Seconde Guerre Mondiale, non pas au sens classique, mais dans un traitement plutôt original. Si les héroïnes rencontrent nombre de personnages juifs, ce n’est pas strictement de leur extermination dans les camps de la mort qu’il est pourtant question. Au contraire, on croise un américain d’origine allemande qui se retrouve déporté en Allemagne au beau milieu de la guerre pour suspicion de sympathie pour le régime hitlérien. Prétexte un peu tiré par les cheveux pour débarquer dans une Europe à feu et à sang et décrire quelques-unes des atrocités de la guerre.

Et c’est là que l’auteure glisse sur une difficulté classique de l’écriture. Ayant choisi de raconter cette histoire à la première personne par la bouche d’Eva, nombre d’éléments ne peuvent être logiquement racontés. Elle fait alors appel à un stratagème qui pourrait être efficace mais qui complique la tâche du lecteur et embrouille l’intrigue : la correspondance. A travers les lettres de sa sœur et de cet Allemand déporté, le lecteur est supposé combler les trous du récit d’Eva. Mais la plupart de ces lettres ne parvient jamais à la jeune fille – entre temps devenue femme – et les rescapées resteront sans réponse. Sans compter la chronologie régulièrement mise à mal et qui complique encore un peu plus la lecture. De chronologie il est encore question lorsque l’on découvre avec bonheur une discographie riche… en standard de jazz des années 20. Outre le fait que poser le récit du Temps des espoirs dans un décor des années 40 n’apporte rien à l’intrigue, on peut légitimement s’interroger sur ces questions temporelles.

Mais cela n’enlève rien à l’intérêt que l’on porte aux personnages, séries de – principalement – femmes fortes et courageuses, chacune à leur façon. Elles font face aux événements avec persévérance à défaut parfois de classe et on leur pardonne ces manques touchants. Chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il a reçu, et ce qu’elles ont elles ne le doivent à personne d’autre qu’à elles. Un parcours, qui s’apparente à un parcours initiatique, semé d’embûches, de pièges et de trahisons à travers lequel elles devront passer avec une seule certitude : aujourd’hui. Car qui sait de quoi demain sera fait ?

Tag(s) : #A (re)lire, #LesPetitsLivres

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