Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La rentrée littéraire de septembre est sans conteste l’un des moments forts du monde de l’édition. Après les auteurs à succès et les livres-pavés choisis spécialement pour occuper les heures passées sur les plages et transats, les éditeurs proposent des livres qui tiendront une place à part pour les mois à venir. En effet, il ne s’agit pas tant de se calquer sur le rythme scolaire et la cruelle reprise du mois de septembre que de se préparer utilement aux fameux prix littéraires d’automne et ce qu’ils comportent de ventes assurées. Et parmi les sorties annoncées, l’une attire inlassablement l’attention des journalistes et lecteurs. Depuis 1992 et son très remarqué premier roman « Hygiène de l’assassin », Amélie Nothomb occupe la scène médiatique de chaque rentrée en publiant annuellement un nouveau roman. Une valeur sûre pour Albin Michel, son éditeur historique.

En 2012, Amélie Nothomb publiait « Barbe Bleue », réécriture affirmée du célèbre conte éponyme. Cette année, c’est « Riquet à la houppe », moins populaire et pourtant classique, qu’elle revisite, en y faisant ouvertement référence dans le texte pour ceux à qui l’information aurait échappé. Vingt-cinquième ouvrage d’une carrière d’un quart de siècle : la plus française des auteurs belges peut désormais se vanter d’avoir passé plus de la moitié de sa vie à publier. Un cap. Un symbole de longévité.

Perrault a raconté l’histoire il y a plusieurs siècles déjà, je ne risque donc pas de mentionner des éléments compromettants de l’intrigue. Pour le suspense, on repassera. Mais l’intérêt, on l’aura compris, n’est pas là. Deux enfants que tout oppose viennent au monde. Trémière est d’une beauté renversante et passe presque la totalité de son temps à regarder avec une intensité rare tout ce que le hasard dépose sous ses yeux. La laideur de Déodat n’a de commune mesure que son calme et son intelligence, la découverte des livres et du dictionnaire le sauve de l’horreur du monde. Un jour, leurs destins se croisent et tout bascule.

Dans le premier chapitre, Nothomb nous fait revivre les premières années contemplatives de l’héroïne de « Métaphysique des tubes ». Sagesse extrême, précocité, admiration des parents, extase face à la beauté : rien n’y échappe. À l’adolescence, Déodat voit la nature s’acharner sur lui. Non contente de l’avoir vu naitre avec un visage des plus repoussants, elle le fait bossu et acnéique. Il suffirait d’un paragraphe de plus pour retrouver les traits d’Épiphane, héros tragique d’ « Attentat ». De son côté, Trémière traverse cette période si souvent cruelle de la vie avec plus de facilités, bénéficiant d’un physique semblant s’embellir encore de jour en jour. Mais Nothomb profite de ce passage pour s’étendre sur l’adolescence des filles et en faire un portait peu glorieux, à l’instar des propos tenus sur le sujet par un certain Prétextat Tach, personnage central d’ « Hygiène de l’assassin »… L’originalité des prénoms, bien sûr, et les discrètes références au Japon finiront de convaincre que c’est bien un Nothomb que l’on a sous les yeux.

181 pages de texte, face aux 126 de son précédent roman « Le crime du comte Neville », imprimé par ailleurs avec une taille de police indécemment large : le lecteur se sent déjà moins volé lorsqu’il passe à la caisse. Qu’il se rassure : le contenu est également de meilleurs augures. Si Nothomb semblait s’être égarée avec cette nouvelle déguisée en roman, elle renoue cette fois avec un exercice qu’elle maitrise : la réinterprétation du conte. Les personnages semblaient formatés pour la plume de notre Amélie nationale, on s’attendrait presque à voir débarquer dans quelques années sur les tables des libraires un nouveau roman estampillé Albin Michel et intitulé « La Belle et la Bête ». D’un coup de plume – ou de Bic crystal en l’occurrence – les personnages de Perrault se font nothombiens. De quoi rafraichir ces récits oubliés et remettre au goût du jour un genre peu usité aujourd’hui.

Si on se réjouit de la forte présence des animaux, toujours sympathiques – pour eux-mêmes ou pour la description qui en est faite – on s’interrogera tout de même sur le nombre de lignes (pages ?) consacrées aux descriptions précises de variétés d’oiseaux. On s’étonnera également des inexactitudes factuelles répétées, à la façon de Stéphanie Hochet dans « Éloge du chat », comme quoi l’amitié (voir « Pétronille ») finit par déteindre. Si certaines sont plutôt amusantes (une rose trémière n’a jamais été un rosier, encore moins grimpant), d’autres peuvent tomber dans une caricature grossière (le surdoué qui se sent tellement supérieur et se montre infernal en classe).

Qu’à cela ne tienne, le lecteur pardonne tout à Nothomb et ne se lasse ni de ses chapeaux ni de sa plume. À titre personnel, je ne me lasserai probablement jamais des romans (peu ou très) autobiographiques d’Amélie Nothomb qui sont sans doute ses meilleures performances. Mais la réécriture d’un conte est un exercice de style périlleux qui convient bien à l’auteure de « Stupeur et tremblements ». À découvrir dans toutes les librairies dès ce 17 août.

Tag(s) : #A (re)lire, #LesPetitsLivres

Partager cet article

Repost 0