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Être écrivain et vivre de sa plume : voilà un doux rêve qui se révèle souvent difficile à réaliser. La plupart du temps, la vente de livres seule ne suffit pas à payer les factures. Alors il y a les activités annexes, et les rencontres-interviews. Outre les ventes que l’on peut espérer une fois sur place, il y a parfois un petit supplément bienvenu pour ces prestations. La narratrice fait partie de ces nombreux auteurs : voilà des années qu’elle est publiée pourtant elle n’est pas de ces écrivains reconnus. La voilà donc en route vers ces villages de province où elle fera la tournée des campings durant deux semaines en échange de quelques ventes et d’un complément financier. 

La première partie du roman est dédiée à la situation de l’écrivain et l’arrivée de la narratrice dans ces campings. « Des vêtements pendent sur des fils tendus entre le toit et un piquet de sol. À la taille des habits, on imagine le surpoids de leurs propriétaires, ce qui correspond à mon idée des utilisateurs de ce type d’habitations. Je ne m’étonne pas d’avoir accumulé un certain nombre de préjugés puisque mon observation les conforte. » Ne craignez pas ce type de préjugés à l’emporte-pièce ou ce roman vous y rendra allergique. Les agriculteurs et autres « paysans » en prennent pour leur grade : hors de la capitale point de culture.

Mais rapidement, cette promenade en province prend des allures de thriller. À doses homéopathiques pour commencer mais l’attention du lecteur est en alerte. Quelque chose va se passer. La romancière reverra-t-elle un jour Paris ? Rien n’est moins sûr. À quoi ces gens font-ils référence quand ils parlent discrètement de l’Organisation ? Et puis ces murmures, ces silences. La romancière n’est pas dupe : quelque chose se trame et personne ne veut lui en parler. Sans comprendre comment, la voilà dans une maison au beau milieu d’une campagne qu’elle ne connait pas, coupée de tout, sans moyen de communication. Ses hôtes, discrets eux aussi, sont énigmatiques comme des geôliers. Enfin, le maire du village se décide à lui parler de son projet. Son chef-d’œuvre. Il est en train de ressusciter l’aurochs. Cette bête mystérieuse disparue depuis des siècles va revivre et fera la fierté de la région. La France doit savoir. Les gens d’ici doivent en être fiers, ils doivent en rêver. Pour cela, il faut écrire sa mythologie et elle, l’auteur passionnée des animaux, est la personne idéale.
 

Stéphanie Hochet, L’Animal et son biographe, Rivages, 2017.

Après son « Eloge du chat » et « Un roman anglais » (sorti en poche chez Rivage, 2017), Stéphanie Hochet revient à une écriture plus tendue qui était sa signature depuis ses débuts et c’est tant  mieux. Elle met cette fois son amour évident pour les animaux au service d’une intrigue bien ficelée qui tient le lecteur en haleine au fil des péripéties de l’histoire. Mais si on quitte l’ambiance cruelle et de méchanceté qui régnait dans « L’Apocalypse selon Embrun » ou « Les Infernales », c’est un véritable thriller psychologique que nous livre Hochet. Les pages défilent et on se surprend à douter de tout et de tout le monde. Surtout de tout le monde. Au gré des humeurs et émotions de la narratrice, le lecteur est invité à croire à l’une ou l’autre version. Et si, finalement, tout ceci n’avait jamais été vrai ? Ou seulement en partie ? Ou seulement dans la tête de l’écrivain ? 

Tag(s) : #LesPetitsLivres, #A (re)lire

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