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barbebleuePour sa 21ème rentrée, Amélie Nothomb fait du neuf. Après le roman (Hygiène de l'assassin), l'autobiographie (Biographie de la faim), le théâtre (Les Combustibles) et les nouvelles qui font régulièrement irruption sur la toile, la romancière a revisité un conte. Et pas n'importe lequel puisqu'elle s'est attaquée à l'un des classiques de Charles Perrault : Barbe Bleue. Confessant volontiers qu'il s'agit-là de son conte préféré, Nothomb expliquait à Métro (quotidien Belge) dans les pages de ce lundi que "c'est dès l'adolescence que la version de Perrault a commencé à ne plus la (sic) satisfaire". L'idée dérangeante? Barbe Bleue est présenté comme un monstre sanguinaire et ses femmes sont de véritables cruches, idiotes et incapables de se défendre seules. Grosses injustices. Alors Amélie prend la plume et remet chaque chose à sa place. Elle rétablit un équilibre, son équilibre, et donne une voix nouvelle à ces personnages oubliés.

 Saturnine en a ras-le-bol de la colocation. Les appartements parisiens sont totalement hors de prix et l'annonce qu'elle vient de trouver semble être sortie tout droit d'un rêve : 40m² comprenant une chambre et une luxueuse salle-de-bain et en bonus un accès à une cuisine hyper-équipée, le tout pour 500€/mois. Une aubaine. Le maître des lieux, Don Emiliero Nibal y Milcar, est un Grand d'Espagne installé dans le VIIème arrondissement de Paris dans un somptueux hôtel particulier. Il est richissime et est âgé de 44 ans (on notera au passage que c'est l'âge de la romancière au moment de l'écriture du livre). Un mystère planne autour de lui car les huit colocataires précédentes ont toutes disparu, purement et simplement.

 Saturnine s'installe donc et l'Espagnol lui fait visiter le bâtiment en l'avertissant : elle a accès à toutes les pièces sauf une qui n'est pas fermée à clef et qui lui est totalement interdite, menace à l'appui. Le décor est planté. S'ensuivent alors des rencontres répétées entre les deux colocataires qui se retrouvent pour le dinner. Don Emiliero s'avère être un fin gourmet et excellent cuisinier, obsédé par les oeufs (et ensuite grand amateur de champagne). La cuisine devient dès lors le théâtre de joutes verbales dont seule Nothomb a le secret. La jeune femme tente, à coup de mots bien choisis et de gymnastique de l'esprit, de comprendre ce qui est arrivé à ces huit femmes et ce que cache cette mystérieuse pièce. Malgré la tentation, elle respecte la consigne et n'ouvre pas la porte. Petit-à-petit, le rafinement de l'Espagnol la touche et la séduit. Le combat devient de plus en plus difficile à assumer avec ces sentiments contradictoires et la plume de Nothomb s'envole. Avec cette question qui parcourt tout le roman : où s'arrête le droit au secret?

 Amélie signe ici l'un de ses plus beaux romans. Tous les ingrédients sont là : l'amour jusqu'au-boutiste, la cruauté, les joutes verbales, la dimension culinaire, la beauté, la passion. Les dialogues sont dignes d'Hygiène de l'assassin ou de Péplum et les habitués seront heureux de découvrir ce grand cru. Que ceux qui se montraient sceptiques voire carrément déçus des derniers romans de l'auteure belge soient rassurés : elle nous est revenue plus en forme que jamais pour cet opus qui sort alors même que commence "l'année Nothomb" qui célèbre les 20 ans de carrière de notre Amélie nationale. Bon anniversaire, Amélie!

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