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On sait l'influence que l'attribution d'un prix littéraire peut avoir sur les ventes d'un livre. Mais habituellement, ce principe s'applique essentiellement aux "grands" prix d'automne. Delphine de Vigan fait actuellement l'heureuse démonstration que des prix de moins grande influence peuvent également faire la différence en librairie.

La semaine passée, elle recevait le prix du roman Fnac pour son livre Rien ne s'oppose à la nuit paru chez JC Lattès. Et depuis, c'est la folie dans les librairies ! Tout le monde veut se procurer un exemplaire de ce livre d'ores et déjà inclu dans les premières sélections du Goncourt mais également du Renaudot. A tel point que ce sont entre 3 et 4.000 exemplaires qui sont vendus chaque jour !

Ce roman, considéré en fait comme une autobiographie, Delphine de Vigan retrace le parcourt de sa mère, décédée en 2008. A travers des témoignages, elle tente de remonter jusqu'à l'enfance de sa mère et puis retrace sa vie à travers une enquête réalisée au nom d'une mémoire familiale et du coeur.

En 2008, l'auteur avait publié No et moi, prix des Libraires, qui s'était écoulé à 400.000 exemplaires. On lui souhaite autant de succès pour ce nouveau roman.

riennesopposealanuit.jpgExtrait :

Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Les mains comme tachées d'encre, au pli des phalanges. 

Ma mère était morte depuis plusieurs jours. 

J'ignore combien de secondes voire de minutes il me fallut pour le comprendre, malgré l'évidence de la situation (ma mère était allongée sur son lit et ne répondait à aucune sollicitation), un temps très long, maladroit et fébrile, jusqu'au cri qui est sorti de mes poumons, comme après plusieurs minutes d'apnée. Encore aujourd'hui, plus de deux ans après, cela reste pour moi un mystère, par quel mécanisme mon cerveau a-t-il pu tenir si loin de lui la perception du corps de ma mère, et surtout de son odeur, comment a-t-il pu mettre tant de temps à accepter l'information qui gisait devant lui ? Ce n'est pas la seule interrogation que sa mort m'a laissée. 

Quatre ou cinq semaines plus tard, dans un état d'hébétude d'une rare opacité, je recevais le prix des libraires pour un roman dont l'un des personnages était une mère murée et retirée de tout qui, après des années de silence, retrouvait l'usage des mots. A la mienne j'avais donné le livre avant sa parution, fière sans doute d'être venue à bout d'un nouveau roman, consciente cependant, même à travers la fiction, d'agiter le couteau dans la plaie. 

Tag(s) : #Edition

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