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C’est devenu une habitude depuis longtemps maintenant : à chaque rentrée littéraire, Amélie Nothomb nous propose un nouveau livre chez Albin Michel, son éditeur historique. Pas de réel suspense donc quant à l’événement mais chaque année une impatience et des interrogations sur le contenu. Et le cru 2014 aura de quoi charmer les lecteurs de la plus célèbre des romancières belges. Annoncé à 200.000 exemplaires, il fera cette année encore beaucoup parler de lui. Et à raison. Car c’est un bon Nothomb. On reconnait la plume de l’auteure, c’est bien son style, son humour, sa façon inégalable de raconter les situations absurdes. Amélie nous ravit et on en redemande.

Nous sommes en 1997. Amélie Nothomb connait déjà un beau succès mais nous n’en sommes pas encore à la vague Stupeurs et tremblements et ses 500.000 exemplaires vendus. La nothombmania ne fait que commencer et Amélie s’installe à Paris. Vivant déjà pleinement sa passion pour le champagne, elle cherche assidument quelqu’un capable de partager ses moments d’ivresse. C’est alors qu’elle rencontre Pétronille Fanto, lectrice d’une androgynie troublante et à l’allure inexorablement adolescente. Son assurance et sa maturité désarçonnent la romancière. Rapidement, une amitié profonde les lie. Pétronille devient auteure à son tour, avec un succès discret malgré son talent. Elle semble traverser la vie avec une insouciance déconcertante et son goût pour l’aventure ravit Amélie autant qu’il l’inquiète.

Amélie Nothomb nous propose cette année encore un roman dans lequel la fiction flirte avec la réalité. Ses fans de la première heure y sont habitués avec des titres tels que  Robert des noms propres. Il est ici encore question de neige (Biographie de la faim,  Attentat, …) et le champagne est omniprésent (Le fait du prince, Barbe Bleue, … ). Comme à son habitude, Nothomb parle d’elle-même ou des autres avec un humour qui ne lui fait jamais défaut et on s’en réjouit. Tout comme dans Une forme de vie, Amélie prend le parti de parler de sa vie d’auteur répondant à son courrier. N’hésitant donc pas à se mettre elle-même en scène, elle nous présente ensuite une héroïne nothombienne plutôt atypique. En effet, nous sommes loin de la beauté de Juliette dans Les Catilinaires ou de Inge de Biographie de la faim. Pétronille est d’une autre trempe et Amélie semble fascinée. Elle nous décrit une jeune femme ressemblant étrangement à Christopher Marlowe, éternellement vêtue d’un jeans et de son blouson de cuir.

Et puis, au fil des pages, on en apprend davantage sur cette héroïne, sur ses romans fictifs et sur son histoire. Et on s’étonne de découvrir Vinaigre de miel ou encore Je ne sens pas ma force quand une autre écrivaine, de chair celle-ci, a publié Moutarde douce ou Je ne connais pas ma force. Les lecteurs d’Amélie Nothomb connaissent de longue date son amitié avec Stéphanie Hochet. Nul doute qu’ils auront deviné ou reconnu Stéphanie dans les traits de Pétronille.

Mais dans ce roman qui traite avant tout d’amitié, Nothomb nous perturbe. Alors que l’on s’abandonne dans sa fiction, elle y mêle si souvent une réalité bien connue du public que l’on ne sait plus à quel genre on a affaire.  Serge Doubrovsky ou Chloé Delaume parlent d’autofiction mais Amélie Nothomb ne va-t-elle pas plus loin encore ? Car elle ne se contente pas de se mettre en scène dans des romans réalistes, elle intègre la réalité dans ses romans. Oui elle a travaillé dans une entreprise japonaise (Stupeur et tremblements), oui elle a été amie avec la chanteuse RoBERT (Robert des noms propres), oui elle connait de longue date une jeune romancière talentueuse correspondant au profil et au parcours similaire à celui de Pétronille Fanto. La question, dans l’œuvre de Nothomb, n’est pas de se demander où s’intègre la réalité mais plutôt où commence la fiction. Métaphysique des tubes, Le sabotage amoureuxBiographie de la faim, Ni d’Eve ni d’Adam : voilà autant de titres présentés comme des romans et pourtant largement autobiographiques. Amélie parle de « biographie romancée ». Ou comment réécrire sa vie, en partie du moins. L’améliorer, la rendre plus belle, plus partageable. Alors elle la partage avec nous, et on en redemande.

Pétronille Fanto lui explique que son succès ne tient pas qu’à son talent : c’est de sa folie –  si particulière que même elle ne la comprend pas – que dépend sa réussite. Et si c’était cela, finalement, la clé d’une nothombmania qui dure depuis 20 ans déjà ?

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